Récemment par Bruno Roger-Petit
Mea culpa. Il manquait à l'analyste un élément du puzzle. Les 23 du Mondial n'ont pas été sélectionnés par Domenech en fonction de leur Domenecho-compatibilité et Thierry-Henry-compatitibilité, mais uniquement en fonction de leur Domenecho-compatibilité. Moi qui pensais que tout cela avait été fait pour Henry, je me suis trompé. Enfin, disons à moitié trompé. Je me souviens d'échanges passionnants à l'antenne d'I télévision, avec Bertrand-Régis Louvet ou Grégory Schneider, sous l'oeil dubitatif de Jean-Baptiste Boursier, où je déclarais à mes camarades de jeu que Raymond Domenech devait avoir le courage de faire avec Henry ce que Jacquet avait fait avec Cantona: s'en séparer. Dans le fond, je n'étais pas loin de la vérité.
Domenech a opté pour une solution plus diplomatique. Il est allé voir Henry pour lui dire, en gros: "Si tu viens, c'est comme supplétif", et Henry l'a accepté. Et Canal plus l'a appris et rendu public.
Si l'affaire était restée entre quatre yeux, Henry ne serait pas venu ce mercredi expliquer que le scoop relatif à cette entrevue et révélée par Canal Plus est vrai. "Oui, le coach est venu" a-t-il déclaré. C'est là que l'on touche à un point crucial pour ce que cela dit de la nature des hommes.
Interrogé il y a quelques jours à ce sujet, le sélectionneur avait refusé de répondre, qualifiant l'information de "ragot". Or, voilà qu'Henry confirme, et éprouve le besoin d'en rajouter: " Les informations, je ne sais jamais d'où elles sortent, mais je trouve ça dommage. A un moment, il faut juste parler de football et du terrain". Pour ma part, cette précision d'Henry me semble destinée à amener son auditoire à déduire que:
1/ Il n'est pas à l'origine de la fuite.
2/ Si ça n'est pas lui; c'est donc l'autre.
Grande est la tentation de déduire que l'un ment et l'autre pas, sans que l'on puisse dire avec certitude qui, de Domenech ou Henry, dit la vérité. Celui qui cautionne le scoop de Canal? Ou celui qui le qualifie de ragot?
Une seule chose est désormais certaine dans ce dossier. L'alliance objective Domenech-Henry, largement commentée et disséquée ces deux dernières années, est morte et enterrée. Et quelque chose me dit que Thierry Henry garde encore en réserve quelques informations qui se révèleront, le moment venu, fort instructives. Espérons que cet épisode ne troublera pas la saine préparation de l'équipe de France à moins de dix jours du premier rendez-vous contre l'Uruguay en Coupe du monde. C'est chouette les voeux pieux.
Pour tous ceux qui attendaient bien des enseignements et des réponses à toutes les questions qui se pose au sujet de cette équipe de France à quinze jours du Mondial, le Tunisie-France d'hier est une déception colossale. Et mieux encore, non seulement ces questions continuent de se poser, mais cet affrontement en a fait surgir d'autres.
1/ Les questions qui continuent de se poser:
- Quelle est la place de Thierry Henry dans cette équipe? Hier, il était encore remplaçant.
- Abidal est-il vraiment à sa place? Le match d'hier n'a pas levé les doutes, d'autant que sur le but tunisien, il est encore mal placé.
- Existe-t-il une charnière centrale type? Hier, Domenech a fait jouer les quatre centraux des 23 dans trois configurations différentes!
- Le 4-3-3 n'a-t-il pas de nouveau montré ses limites déjà entrevues face au Costa-Rica? Défense perméable et attaque penchant du côté gauche, qui muselée par les Tunisiens, a laissé la France démunie sur le plan offensif.
- Sagna apprendra-t-il un jour à centrer efficacement?
- Il est où Anelka en ce moment?
2/ Les questions qui se posent depuis hier:
- A quoi a servi ce match, tactiquement incohérent? Gignac, Henry, Cissé, présents ensemble sur le terrain au même moment, ça rime à quoi? De même, trois charnières centrales testées en 90 minutes, pour quoi faire?
- Quel sera le rôle de Valbuena compte tenu des prestations du sympathique Govou? Pourquoi ne pas l'avoir fait entrer hier soir afin de prolonger le momentum sur lequel l'avait placé sa performance face au Costa-Rica?
- Diaby ne devrait-il pas être considéré comme un titulaire plus que potentiel?
- Domenech fait genre "Je maîtrise", mais qu'en est-il réellement? Le march d'hier a donné le sentiment d'un immense naviguage à vue. Le sélectionneur a mis en avant le fait de faire jouer tout le monde et présentant cette rencontre franco-tunisienne comme un intermède entre le Costa-Rica et la Chine, mais on ne pouvait s'empêcher de penser que tout cela ressemblait à un alibi à deux balles.
Evidemment, il y a tout de même quelques motifs de satisfaction. Gourcuff qui revient de loin, Malouda qui peut aller loin, Ribery qui veut aller loin, Evra qui voit venir de loin. Mais est-ce suffisant pour en tirer la conclusion que la France peut voyager loin?
Je confesse que j'ai peur d'avoir raison. Vu la façon dont se présente ce Mondial, la France prendra au moins un but contre l'uruguay et le Mexique. C'est écrit. Cela veut dire qu'elle devra marquer quatre buts en deux rencontres à deux équipes dont la réputation défensive n'est plus à faire. Si je m'autorise une seconde de footballologie, je dirais bien que la France se présentera en Afrique du Sud dans une configuration 1966 ou 2002, loin des configurations 1998 ou 2006. Bref, nous allons au devant d'une catastrophe majeure, et Dieu sait que je souhaite me tromper!
J'ai suivi hier en direct, sur le plateau de la formidable émission d'I télévision Sports et News, la conférence de presse de Raymond Domenech, obligatoire avant le Tunisie-France de ce soir. Ce fut un exercice enrichissant.
Il y a ce que Domenech dit, c'est à dire rien. Et il y a les non-dits de Domenech, c'est à dire beaucoup. Et hier, ce ce point de vue, nous fumes servis. Ce qui n'est pas dit signifie parfois bien plus que ce qui est dit.
Raymond est resté flou sur tout. Sur le fameux 4-3-3 encensé par les amateurs suicidaires de beau jeu façon Ménes ou Duluc. Sur la composition de l'équipe qui devait jouer contre la Tunisie. Sur le cas de Thierry Henry, de plus en plus promis (à première vue) au banc des remplaçants. De ces non-dits, j'ai tiré deux leçons.
Première leçon: le sélectionneur n'a rien tranché et ne s'interdit rien. Notamment sur le plan tactique. Hier soir, son insistance à souligner que le système est la conséquence du nom des joueurs alignés ou alignables et non la cause de la mise en place dudit système valait avertissement à tous ceux qui jugent que désormais la France doit jouer un 4-3-3 chatoyant et barcelonien. Non, ce 4-3-3 n'est en rien gravé dans le marbre.
Deuxième leçon: le silence sur les joueurs révèle que Domenech n'est pas encore fixé définitivement sur les états de forme et de condition physique des uns et des autres; notamment Gallas et Henry. Le cas du capitaine français semble de plus en plus problématique. Il devait être le pilier de cette sélection française 2010, et il se retrouve deux matchs d'affilée de suite remplaçant de luxe alors même qu'il a peu joué à Barcelone cette saison et qu'il conviendrait de dérouiller ses vieilles jambes de 33 ans. Etrange situation non? Sentiment renforcé par le fait qu'hier, des questions ont fusé sur le capitanat. "Et si Henry ne joue pas, Evra sera-t-il le "pitaine" de l'équipe?". Comme si les journalistes eux mêmes avaient déjà intégré l'idée que le dernier survivant de 98 passera la Coupe du monde 2010 sur le banc.
Conclusion (peut-être provisoire?): Domenech est en train de préparer le groupe France et l'opinion à cette évolution du rôle de Thierry Henry en équipe de France. Ce dernier aurait désormais le statut de statue, mais sans être vraiment du genre commandeur
Passons vite sur les enseignements positifs du match France-Costa-Rica de ce mercredi soir. Collectivement, c'était intéressant et individuellement, c'était prometteur. On retiendra, comme on le pressentait, que le côté gauche de l'équipe de France Evra-Malouda-Ribery ressemble à ce qui se fait de mieux dans le monde aujourd'hui. On notera le retour en forme de Gourcuff dans un rôle de numéro 8 façon Larqué à Saint-Etienne. Et on se réjouira de la fraîcheur de Valbuena.
Osons le 4-3-3!
Bien.
Venons en maintenant au sujet qui fâche.
On entend souvent, les soirs de Ligue des champions notamment, dans la bouche des consultants, cette sentence désormais fameuse: "Ca s'est joué sur un détail". Et ce qui vaut pour la plus belle des compétitions de clubs vaut pour le haut niveau de la Coupe du Monde. En Afrique du Sud, cela se jouera aussi sur des "détails".
J'insiste sur cette histoire de "détails", car hier soir, un "détail" a gâché le bilan positif affiché par l'équipe de France. Un "détail" qui a eu de lourdes conséquences. Je veux parler de la méga bourde d'Abidal sur le but marqué par le Costa-Rica. Faute de placement, faute de marquage, faute de tempo, "je m'en vais, je reviens, ah zut! Trop tard!", en moins de deux secondes, Abidal a montré qu'il n'était pas un arrière central.
Entendons nous bien ami lecteur, je n'écris pas qu'Abidal est mauvais. Loin de moi cette idée. C'est un formidable défenseur. MAIS, il n'est pas arrière central. Il n'en possède pas les qualités techniques et tactiques. Et la rentrée de Squillaci en seconde période en a apporté la démonstration. Il n'y a pas plus arrière central de formation, de métier et de culture que Squillaci. Toujours bien placé, devant comme derrière, doué de la tête, et capable de peser sur les corners accordés par la défense adverse. Le contraste entre la performance du barcelonais et celle du Sévillan était plus qu'accablant pour le premier.
Entendons nous bien encore, ami lecteur. Je ne m'étends pas sur la bourde d'Abidal par masochisme ou volonté de polémiquer, et dans le seul souci de ne parler que de ce qui ne va pas. J'éprouve simplement le sentiment que la question, plus qu'épineuse, de constitution du tandem devant assurer la défense centrale française n'est toujours pas résolue. Et j'ai la faiblesse de penser que si Abidal devait renouveler ce genre de bourde de "détail" devant des Forlan ou des attaquants mexicains, la France se retrouverait en très problématique posture.
Voilà pourquoi, au delà de ce qui s'est avéré positif tout au long de cette rencontre contre le Costa-Rica, je persiste à dire que si le problème Abidal-défense centrale n'est pas résolu, la France n'ira pas loin en Coupe du monde, quand bien même Domenech nous bassinera avec son groupe qui est génial et où tout le monde s'aime. Cela se jouera sur un "détail" sans doute, et il serait dommage que ce "détail" se nommât Abidal.
Il le répète tellement que l'on se demande si ce qu'il dit est vrai. La faute lui en revient.
Donc, paradoxe Domenechien, plus il dit :" Ce groupe est en train de naître", moins j'ai la tentation de le croire. Des années d'intox, de manipulations, de contre vérités ne m'ont pas habitué à croire l'actuel sélectionneur sur parole. Suis-le seul en France?
Il y a même comme un aveu dans ce refrain seriné par Domenech depuis une semaine. "Un groupe est en train de naître"? C'est bien. A contrario, cela signifie qu'il n'existait pas avant (et encore, à supposer que ce que dit Raymond est vrai), et cet aveu implicite confirme tout ce que l'on se murmurait sous le manteau entre journalistes, notamment des rapports exécrables entre Thierry Henry et certains représentants de la nouvelle génération (et pas que des histoires de place dans le bus).
J'ai lu cette semaine un passionnant et très informé portrait de Domenech dans Libération rédigé par la plume alerte de Grégory Schneider. On peut y lire ceci: "Le domenechisme, c'est un joueur auquel on fiche une paix royale. Ou un joueur auquel on n'a rien à dire. Ou l'abandon complet de l'idée même d'échange avec le joueur". Domenech serait l'anti-Mourinho, et tout son tintouin sur le travail de management mené auprès des joueurs de l'équipe de France relèverait de l'esbrouffe et de l'intox. Dans le fond, Raymond serait un hypernarcissique n'aimant que lui même et puisant dans l'échec de ses équipes une sorte de rassurance. S'ils perdent, c'est qu'ils sont idiots, mais pas lui. Vous en doutez? Vous avez tort, c'est un cas très courant.
Il est assez étrange que Domenech soit parvenu à prendre le pouvoir total sur l'équipe de France à l'heure même où il s'apprête à la quitter. On pourrait être tenté de s'en réjouir. Il n'a plus rien à perdre, il peut enfin agir librement. Mais compte tenu des ses antécédents, c'est cela le plus inquiétant. Quand on y songe, l'exercice du pouvoir par les anciens de 98 l'a finalement préservé. Jamais responsable, jamais coupable. La finale perdue de 2006, c'est la faute de Zidane, incapable de se maîtriser. L'Euro 2008, la faute aux vieux de 98. Il a pu ainsi survivre, durer, bien caché derrière la longue agonie sportive de la vieille garde de 98. En 2006, il était l'otage de Zidane et de sa garde rapprochée, en 2008, il était prisonnier du 3e âge de Thuram à Coupet. En 2010, il est enfin le seul maître à bord. Pour deux mois. Maximum. Que va-t-il faire de ce pouvoir tout neuf et éphèmère? Aura-t-il envie de s'identifier à ce groupe qui est en train de naître, de l'aider, ou au contraire, vu qu'il est condamné à la quitter après l'accouchement, aura-t-il la tentation d'en faire un groupe mort-né?
José Mourinho, c'est quand même la grande classe, l'élégance, le bel esprit en matière de football. Il l'a démontré une fois de plus en offrant à Materazzi la possibilité de jouer deux minutes de la finale de la Ligue des Champions, lui permettant ainsi de devenir un authentique champion d'Europe. Eh oui! N'en déplaise à beaucoup, l'homme le plus tatoué de la planète football est un grand joueur, emblématique du grand Inter, et José, toujours soucieux de respecter les grands clubs où il passe et les grands joueurs qui vont avec, tenait sans doute, très symboliquement, à faire ce superbe cadeau à Materazzi. C'est à la fois digne et humain, et cela mérite d'être salué.
A part cela, et par un étonnant paradoxe, l'Inter a moins souffert dans cette finale que lors de ses sorties face à Chelsea ou Barcelone. Les caprices du tirage au sort y sont pour beaucoup. Pour ma part (très modeste) j'ai plutôt tendance à croire que la place du Bayern en finale est aussi la conséquence du fait que le club londonien et le club catalan se sont retrouvés sur le chémin de l'Inter, car je les juge supérieurs au Bayern. Après tout le Bayern a sorti Lyon et la Fiorentina, qui ne sont pas des géants européens, et Manchester suite à un coup de chance incroyable (dixit Ferguson cette semaine dans l'Equipe Mag).
Le plus remarquable, c'est aussi la défaite tactique que Mourinho a infligé à trois grands maîtres du football européen. Se payer le rigoureux Ancelotti, l'impétueux Guardiola et le martial Van Gaal, ça n'est pas rien. D'autant que Mourinho a joué toutes ses rencontres en respectant les mêmes principes de jeu: couper les lignes et les axes menant à Drogba, Ibrahimovic et Altintop en étouffant les créateurs adverses dans la zone neutre des 30-40 mètres de son propre camp. Lampard y a eu droit. Messi y a eu droit. Et hier soir, Robben y a eu droit. Et ces trois équipes (Chelsea, Barça, Bayern) ont connu le triste paradoxe de posséder le ballon 65% du temps de jeu tout en se créant une ou deux occasions par match. Et comme l'Inter s'offre le luxe de posséder l'un des meilleurs gardiens du monde en la personne de Julio Cesar, celui-ci se charge d'accomplir les deux ou trois arrêts déterminants qu'il faut lorsque la caparace craque au cours d'une rencontre.
Hier soir, j'ai compris que Van Gaal était tactiquement et intellectuellement battu (et le Bayern avec lui) lorsqu'il a fait entrer en jeu Klose. Celui-ci a été invisible jusqu'à la fin du match. Le problème, ça n'était pas Altintop (plutôt bon d'ailleurs dans cette finale), mais l'incapacité allemande à porter le ballon jusqu'au buteur maison. Quel que soit l'avant-centre, le problème du Bayern n'était pas là. Van Gal, comme Guardiola et Ancelotti avant lui, n'a pas su répondre au défi de la partition mourinhesque du contrôle de jeu sans ballon, défi dont Cambiasso et Zanetti ont été les chefs d'orchestre sur la pelouse tout au long de cette longue campagne européenne. Ajoutez à cela le travail psychologique de Mourinho sur ses crétures, voyes comme il a su donner à Sneidjer, Milito et Eto'o l'envie de prendre leur revanche sur le monde entier et la boucle se boucle d'elle même.
Il convient de se demander aujourd'hui, si ce José Mourinho n'est pas en train de devenir tout simplement le meilleur entraineur de toute l'histoire du football. Son palmarès est déjà vertigineux. Deux Ligues des Champions, une Coupe UEFA, des titres de champions et des victoires en coupes dans tous les pays où il est passé, et tout ça à 47 ans! C'est assez phénoménal!
José a toujours dit que la retraite approchant, il songerait alors à entrainer une sélection nationale (c'est l'anti-Laurent Blanc en fait). Statistiquement, la sélection qu'il prendra en main aura toutes les chances de devenir championne du monde ou d'Europe. Dommage qu'en France on soit des obsédés de l'identité nationale qui appauvrit. On devrait vite s'arranger pour voter une loi permettant à toute personne de nationalité portugaise, entraineur de football et deux fois champion d'Europe des clubs d'accéder à la nationalité française par procédure exceptionnelle en moins de deux jours.
Souvent je pense au PSG, qui il y a quelques années, aurait refusé la candidature de Mourinho au poste d'entraineur alors qu'il était l'adjoint de Van Gaal à Barcelone. "Pas assez connu" avait-on dit du côté de la direction de l'époque. Quel flair!
Ce soir, Inter-Bayern, le dernier des grands rendez-vous avant la Coupe du monde. Je confesse que je souhaite la victoire de l'équipe conduite par José Mourinho, non seulement parce que le personnange du "Special One" représente une révolution intellectuelle pour le football, mais aussi parce que le Bayern est l'objet de toutes mes détestations depuis 1975.
L'autre soir, sur ESPN Classic, une émission était consacrée au grand Bayern des années 70, celui des Beckenbauer, Maier, Muller, Hoeness, Rummenigge, Roth et compagnie. Plusieurs séquences s'enchainaient, rappelant les trois finales de Coupe des Champions remportées alors par le club de Munich en 1974, 75 et 76. Trois finales que le Bayern aurait mérité de perdre et qu'au bout du compte, il a remporté. La première contre l'Atletico Madrid, finale jouée sur deux rencontres et où le Bayern, mené 1-0, fut sauvé de la catastrophe à la dernière seconde du premier match sur un tir improbable de Schwartzenbeck, ce qui lui permit de décrocher une finale à rejouer (les tirs aux buts n'existaient pas) qu'il remporta 4-0. La deuxième contre Leeds, au Parc des Princes à Paris, où le Bayern, dominé par les Anglais encaissa un but valable refusé pour un hors jeu imaginaire, ce qui déconcentra les britanniques qui furent ensuite crucifiés par deux buts marqués sur des contre-attaques venues d'ailleurs. Et la troisième à Glasgow contre l'ASSE, les poteaux carrés tout ça...
A chaque fois, le Bayern avait triomphé suite à des scénarios où, systématiquement, la chance penchait en sa faveur. Je ne nie pas qu'il s'agissait d'une grande équipe, mais je ne pouvais pas la blairer.
Déjà, en 1975, lors de la demi-finale disputée contre Saint Etienne, nous avions eu un aperçu de cette insolente chance qui accompagnait les Allemands. Après un 0-0 au match aller, suite à une rencontre maitrisée de bout en bout par les Verts, le Bayern avait inscrit un but incroyable par Beckenbauer dès la première minute du match retour. Un but d'anthologie, où la chance le disputait au talent sans que l'on puisse discerner la réelle part de l'un ou de l'autre dans l'affaire.
Depuis cette époque, j'éprouve une certaine aversion pour le Bayern. Aversion qui ne se dissipe pas, car le Bayern étant un grand club, les traditions y étant maintenues envers et contre tout, j'ai l'impression que les Mattaus succèdent aux Beckenbauer, les Kahn aux Maier, les Robben aux Hoeness, les Van Bommel aux Roth... Passent les joueurs et les années, et demeure le même état d'esprit Bayern, mêlant à ce point la suffisance et l'arrogance que cela en devient insupportable.
Je me suis encore fait cette réflexion devant l'émission d'ESPN Classique l'autre soir. Beckenbauer, le cheveu blanc, les rides en plus, affichait le même regard bleu acier que lors des grands duels d'autrefois. Il commentait la finale 1976, les poteaux carrés, les Stéphanois avec une sorte de fausse sympathie pour les Verts. "Ils ont fait un bon match quand même" concédait-il en esquissant un petit sourire entendu qui signifiait qu'il ne pensait pas vraiment ce qu'il venait de dire par convenance. Encore et toujours cette arrogance confinant au mépris.
Je me suis souvenu alors d'une autre émission consacré au Bayern et diffusé il ya quelques mois sur ESPN classic également. On y voyait Maier, Muller (der Bomber) et Schwartzenbeck évoquer aussi leurs souvenirs de la finale 76. Ils parlaient des joueurs de Saint-Etienne sans les nommer parce qu'ils ne connaissaient par leurs noms, genre: "Ils avaient ce grand type à cheveux longs, là, derrière" ou bien encore "Leur avant centre était bon de la tête". Et il ne s'agissait pas de trous de mémoire. C'était très agacant, ce coté "on a joué contre une équipe en finale de Coupe des Champions, mais on ne connaissait même pas leurs noms tellement on les prenait pour des moins que rien du fooball. Et des Français en plus!" Et toute la séquence, comme celle du Kaiser, était ponctuée de ricanements satisfaits. Insupportable, même trente ans après.
Cette arrogance, ce mépris de l'autre, est commun à toutes les équipes du Bayern depuis trente ans. Ca n'est pas pour rien d'ailleurs, que la Bavière est l'un des coins les plus conservateurs d'Allemagne. Van Bommel, Robben ont beau être néerlandais, ils sont aussi emblématiques de cette culture Bayern, à croire qu'ils ont été conçus pour jouer en faveur des couleurs de ce club.
Voilà pourquoi, ce soir, je souhaite la victoire de l'Inter. Certains me diront que question arrogance, Mourinho n'est pas mal non plus dans son genre. C'est vrai. Mais l'arrogance de José relève du spectacle et de la stratégie de communication qui lui est propre. Elle est, d'une certaine façon surjouée. Ce qui n'est pas le cas des représentants du Bayern.
Qu'on ne sy trompe pas cependant. J'apprécie aussi le Bayern parce qu'il appartient à la catégorie de ces grandes équipes que l'on aime hair et sans qui le football perdrait de son intérêt émotionnel. Ce soir, devant ma télévision, je serai prêt à jouir de toute défaite du Bayern car je déteste ce club. Et pourtant, je n'imagine pas le football européen sans lui. Si le Bayern n'existait pas, il me manquerait.
Alors comme personne ne l'a remarqué? L'équipe de France de Domenech n'est pas celle d'Aimé Jacquet. France 2010 n'est pas France 98.
Souvenez-vous. La grande mythologie née avec la victoire de la France championne du monde 98. La France black-blanc-beur. Tout un pays rassemblé derrière son équipe emblématique de la diversité française. Depuis, le temps a montré ce qu'il en était vraiment de ce mythe, rappelant cette vérité de bon sens: ne faisons pas dire au football plus qu'il ne veut dire. Ce qui ne signifie pas non plus que le football est hors la vie. Depuis le début du 20e siècle, l'équipe de France a toujours été le reflet de la diversité des origines françaises. De Djorkaeff (père et fils) à Zidane, de Kopa à Platini, de Fernandez à Piantoni... La France braudélienne du football a toujours été représentée à travers les sélectionnés qui ont joué les phases finales de Coupe du monde, de 1930 à 2006.
Cela étant, on ne peut s'empêcher de remarquer que l'équipe de France 2010 sera blanche, black, mais pas beur. Exit Nasri, Ben Arfa, Benzema... La classe 87 est exclue de ce qui aurait dû être son premier grand rendez-vous mondial alors même qu'elle paraissait taillée pour prendre le pouvoir.
On remarquera aussi que les trois exclus le sont également, d'après ce qu'on en sait, pour les mêmes raisons. Caractère difficile, égo sur-dimensionné, absence de respect des autres et des coutumes en vigueur au sein de l'équipe de France.
On se gardera bien de tirer des conclusions hâtives. On se contentera simplement de remarquer cette "coïncidence" étonnante, tout en déplorant ce manque. Pour les intéressés, pour les joueurs concernés, pour l'équipe de France, et pour une certaine idée de l'équipe de France. Quand on pense que ces trois joueurs (champions d'Europe des moins de 17 ans) semblaient programmés pour être les Platini-Giresse-Tigana des années 2010, la déception est totale. Le fait qu'ils ne jouent pas leur première Coupe du monde à l'âge où il faut la jouer (22-23 ans) va faire prendre au fooball français un train de retard, du genre qu'on ne rattrappe plus... On m'objectera sans doute que ce sont les "circonstances" qui ont imposé ces choix à Domenech. Oui, sans doute. Mais pour tout un tas de raison, on ne peut s'empêcher de penser que dans le contexte actuel, cette "coïncidence" issue de "circonstances" particulières tombe mal. Très mal. La réalité dépasse la légende, et c'est d'un triste...
Il parait que c'est fait. Que l'accord final a été conclu dans un restaurant parisien avec la bénédiction de Gérard Houllier, le DTN et Jean-Pierre Escalettes, le président de la FFF. Que pour 100 000 euros mensuels, il a accepté.
Donc, Laurent Blanc va devenir le prochain sélectionneur de l'équipe de France.
Ne revenons pas sur cet étrange choix de carrière. Pour le moment, contentons nous de formuler deux remarques.
1/ Cette situation place l'équipe de France et ses joueurs dans une drôle de situation à moins d'un mois de la Coupe du monde. Désormais, tout le monde, joueurs, journalistes, 60 millions de sélectionneurs, tout le monde va supputer ce qu'auraient pu être les choix de Laurent Blanc dès que Domenech annoncera les siens. Cette situation crée par elle-même une tension supplémentaire autour de la sélection nationale. Comment imaginer que les 23 sélectionnés vont vivre dans ce contexte ? Comment ne pas imaginer que les uns et les autres puissent ne pas avoir en tête toutes les incertitudes quant à leur avenir en bleu liées à ce changement annoncé ?
2/ Cette situation repose sur un préjugé malsain et ce, depuis le début de l'annonce par Escalettes du processus visant à trouver un remplacant à Domenech avant même le début de la Coupe du monde. Cette opération implique qu'il n'est pas envisagé que l'équipe de France puisse gagner ou même frôler la victoire finale. Le message délivré en subliminal depuis janvier dernier est le suivant : "Françaises, Français, vous n'aimez plus Domenech ? Il est nul ? On pense comme vous, même si on l'a maintenu. Comme on ne peut plus se déjuger, on le garde, mais rassurez vous, après la Coupe du monde, on le vire !"
Cette posture, outre qu'elle est porteuse des désagréments mentionnés plus haut, est donc annonciatrice de défaite attendue, voire programmée. Mais, car il y a un mais, que se passerait-il si la France devenait championne du monde ? Et même, si elle parvenait en demi-finale ? Les donnés du problème ne changeraient-elles pas ? Pourrait-on dégommer Raymond comme ça ?
Soyons honnêtes. Je ne crois pas à cette dernière hypothèse. Je suis comme tout le monde. Comme vous tous. Je suis persuadé que l'on va droit à l'échec. Et je suis même persuadé que le risque est plus que grand d'être éliminé dès le premier tour. J'ai intériorisé la défaite annoncée depuis longtemps. Et c'est ça qui est déprimant. Merci la FFF...
Vu ce jour la finale de la FA Cup sur France 2. J'en ai tiré deux leçons.
1/ Le Chelsea d'Ancelotti est une grande et belle équipe de football. Les Blues réalisent cette saison un doublé Championnat-Coupe qui mérite d'être salué. Drogba, encore auteur d'un but formidable sur coup franc aujourd'hui a accompli l'une de ses meilleures saisons sous le maillot frappé du lion. Dommage que cette équipe se soit retrouvée face à l'Inter de Mourinho en Ligue des Champions. Elle était capable de se hisser en finale. Voilà pour les banalités d'usage, aussi incontournables que les commentaires navrés qui ne pouvaient pas manquer d'accompagner la prestation de Domenech cette semaine.
On signalera aussi que les Anglais ont le respect de leur Cup. Pas de logos de sponsors ornant de manière disgracieuse les maillots. Un protocole immuable et respecté à la lettre. Un stade dessiné pour le football et rien que le football. Une sorte de classe so british, entre John Steed et Emma Peel, perceptible sur toutes les images de la retransmission télévisée. C'est un spectacle superbe.

2/ Puisqu'on cause télé, signalons aussi que France 2 nous a (enfin!) offert un tandem de commentateurs à la hauteur. Ca tombe bien, puisque le duo Kader Boudaoud/Emmanuel Petit est censé être le couple vedette de France 2 tout au long de la Coupe du monde à venir. Durant cette finale de la Cup, il ont su nous faire vivre l'événement avec une sobriété qui nous changeait de la foire d'empoigne habituelle entre Gravelaine qui nous raconte (de manière inaudible) sa vie dans la cabine commentateurs et Daniel Lauclair la sienne sur le banc de touche ("Oh la la! Fait pas chaud ce soir, j'peux vous dire"). Boudaoud est sympathique et aime le football autant que les footballeurs, et Emmanuel Petit est fidèle à lui même, c'est à dire partial, impitoyable, péremptoire et injuste. Certains n'aiment pas, mais moi, ça me convient, et de mon point de vue, c'est le plus important.
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